Arras Film Festival : Le Siège de Sarajevo à travers sa résistance, Le Siège par Rémy Ourdan

      L’édition 2018 de l’Arras Film Festival met en avant les conflits dans les Balkans, à travers la guerre d’ex-Yougoslavie. Le film-documentaire Le Siège relate les quatre années du siège de Sarajevo de 1992 à 1995.

 

      Durant la guerre de Yougoslavie (1991 – 2001), la Bosnie-Herzégovine déclare son indépendance après avoir tenue un référendum d’autodétermination. Les Serbes, ethnie majoritaire de l’est de la Yougoslavie, où se trouve la capitale Belgrade, décident d’envahir la Bosnie et assiège la ville de Sarajevo. Le film-documentaire Le Siège offre un retour sur les événements 19 ans après, en adoptant un point de vue interne à la ville de Sarajevo et ses habitants. Rémy Ourdan, le réalisateur, a vécu les quatre années de siège en tant que journaliste français. Confronté aux bombardement incessants de l’artillerie serbe, il vit dans la capitale autoproclamée bosniaque aux côtés de ceux qui résistent au siège le plus long du vingtième siècle. Le documentaire ne se contente pas de retracer le siège d’une voix passive éloignée, il suit le déroulement du siège en soumettant au spectateur des archives marquantes, souvent crues, entrecoupées de témoignages de ceux qui ont vécu le conflit.

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Le parlement de Bosnie brûle après avoir été touché par des chars serbes, 1992. Photo de Mikhail Evstafiev

      Ce qui rend ce documentaire unique, c’est sa manière de montrer comment des civils ont réussi à résister à quatre années de siège impitoyable, auquel ils n’avaient pourtant aucune chance de survivre. La stratégie de l’armée serbe était en effet de détruire le moral des civils pour prendre la ville, et c’est contre cela que les Sarajéviens se sont mobilisés, canalisant leurs forces dans leur unité. Car c’est cela qui revient à chaque témoignage : si Sarajevo a tenu, c’est grâce à sa volonté de garder son identité forte, pluriethnique et multiculturelle, en vivant normalement, intégrant les obus meurtriers et les tirs de la sniper alley à leur quotidien. “On n’entend pas l’obus qui nous est destiné”, affirme un des survivants.

 

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La rue Zmaja od Bosne et le boulevard Meša Selimović,surnommés Sniper Alley en raison des snipers embusqués dans les immeubles environnants. Sur le panneau: « Attention ! Sniper »

      La présence d’archives sanglantes est symbolique, car si la vue de blessés et macchabées jonchant le sol peut être difficile à supporter, on ne voit pas les cas les plus dérangeants d’après Rémy Ourdan, et le texte du pré-générique rappelle que le siège a causé la mort de 11 541 Bosniens, dont plus de 5000 civils, et bien plus de blessés. La diversité des témoins a aussi une importance, chacun symbolise un aspect de la vie durant le siège : journaliste, personnel médical, directeur de la morgue, militaires, artistes et “simples” civils partagent leur point de vue sur un conflit que chacun a vécu différemment, mais tous attribuent leur survie à une volonté inébranlable face au massacre.

     Le sentiment le plus perturbant après une heure trente de visionnage, c’est la perplexité. Comment se fait-il qu’un conflit d’une telle ampleur ait pu avoir lieu il y a vingt ans ? Pourquoi avant ce documentaire ne savions nous que si peu du siège de Sarajevo, alors que ses protagonistes appartiennent pourtant à la génération précédant la nôtre ?
C’est à ça que servent les documentaires, les témoignages, nous rappeler que ce que nous croyons savoir est loin de la réalité. Nous oublions la différence entre le savoir et l’expérience, entre avoir entendu, et avoir vécu, et c’est toute l’importance de ces œuvres.

 

Par Maxence Delacroix et Maxence Jeanjean