Arras film festival 2019 : De Cannes à Arras, un parcours festivalier et royal

Qu’elle paraît lointaine, la Croisette sur laquelle, en mai dernier, trois films, parmi tant d’autres, venaient se dévoiler aux yeux du monde entier. Après l’effervescence cannoise et à quelques jours de leurs sorties nationales respectives, ils sont venus parachever à Arras cinq mois d’une promotion haletante. Retour sur des itinéraires divers.
 
 

En plus des projections de la compétition officielle, cette 20ème édition du Festival du film d’Arras propose notamment 74 avant-premières. Hier, samedi 9 novembre, trois en particulier ont retenu notre attention. Gage de la qualité et de la diversité des longs-métrages proposés jusqu’au 17 novembre, les 3 films en question faisaient partie de la sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Alors que les festivaliers prennent peu à peu leurs marques, récit d’une journée teintée de nostalgie cannoise.

Le lac aux oies sauvages de Diao Yi’nan, avec Hu Ge, Gwei Lui Mei, Liao Fan: Un succès malgré tout ?

La sélection de ce polar chinois à Cannes a sans doute rappelé quelques souvenirs à son réalisateur, déjà présent en 2014 avec Black Coal.
Si la protection cannoise du lac aux oies sauvages avait notamment été marquée par la présence d’un certain Quentin Tarantino, le film est néanmoins reparti bredouille d’une compétition extrêmement indécise et disputée. Récit des destins croisés d’un chef de gang en quête de rédemption et d’une prostituée en quête de liberté, ce dernier propose une vision critique de la Chine contemporaine, dont la précarité est traduite par les travellings horizontaux et verticaux de la caméra.

Présent au Festival du Film d’Espalion en août dernier et au Festival les Tropicales à Bordeaux, le film sortira le 25 décembre en France, après avoir été initialement avancé au 11 décembre. Il affichait complet hier, au Megarama.

 

 

Little Joe de Jessica Hausner, avec Emily Beecham, Ben Whishaw, Kerry Fox: La voie du fantastique

« Le parcours a suivi le parcours des festivals finalement classique après Cannes. Après effectivement, parce que ce n’est notre premier film fantastique à Jessica et moi, en tout cas qui joue avec le genre fantastique pour certains, il a été invité dans un certain nombre de festivals fantastiques dont Strasbourg et l’Etrange Festival à Paris ».
C’est en ces termes que Géraldine Bajard, co-scénariste de Little Joe, est venue décrire le périple triomphal de celui-ci suite à son succès cannois, hier au Casino. En effet, rappelez-vous, le 25 mai dernier, le jury présidé par Alejandro G. Iñárritu attribuait le prix d’interprétation féminine à l’anglo-américaine Emily Beecham. Cette distinction, dans ce qu’elle confère d’aura au film et à sa promotion, n’a pas été la dernière pour le binôme féminin à la tête du projet. Alors que début septembre à Strasbourg, Little Joe recevait la mention spéciale du jury, un tout autre lui a décerné son Grand Prix à l’occasion des Utopiales à Paris, alors même qu’il était en compétition face au très attendu Proxima de Alice Winocour (proposé à Arras).

Conte dystopique, Little Joe interroge notamment, avec une identité visuelle et sonore très personnelle, la question de la perception à l’autre. Si les différents publics ont jusqu’à présent « reçu le film de la même manière mais avec une variété de points de vue », du fait du genre fantastique du film pour certains et de sa musique stridente pour d’autres, il sera bientôt possible de se faire un avis sur la question puisque le film sort mercredi prochain au cinéma.

 

 

 

Les Misérables réalisé par Ladj Ly, avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga: La consécration

C’était l’évènement de ce samedi 9 novembre: l’avant-première des Misérables, Grand Prix ex-aequo du Jury à Cannes avec le Atlantique de Mati Diop, à dix jours de sa sortie nationale. Présenté comme l’évènement de cette fin d’année – voir la magnifique Une tricolore des Cahiers du Cinéma lui étant consacrée, le premier long-métrage de Ladj Ly vaut le détour. Plongée immersive dans un Montfermeil en ébullition sur fond de victoire française en Coupe du Monde, Les Misérables exprime avec sobriété une réalité nerveuse et poignante, qui n’est pas sans rappeler celle exposée par Matthieu Kassovitz dans La Haine en 1995.


Hier soir, l’ovation s’est longuement prolongée, à juste titre, dans la grande salle du Casino pour Damien Bonnard et Djebril Didier Zonga, deux des trois protagonistes du film, venus spécialement pour l’occasion.


Inspiré du court-métrage éponyme, lauréat du Festival du court de Clermont Ferrand et nommé aux César 2018, le premier long-métrage de Ladj Ly parcourt depuis cinq mois la France mais pas que – il a notamment été présenté à l’occasion du Festival du Film International de Chicago fin octobre – avec le même enthousiasme contagieux. Également primé à Deauville, Les Misérables a déjà été vendu dans une vingtaine de territoires à travers le monde. Il sera notamment distribué par Amazon Studios aux États-Unis, un point fort sur la route aux Oscars. En effet, celui-ci a été choisi le 20 septembre pour y représenter la France. L’heure de la consécration ?

 

 

 

 Francesco Depaquit

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