Arras Film Festival 2019 : critique de Sainte-Famille, de Saint-Lo de Lencquesaing

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Portrait d’une famille, de long en large, vue depuis les beaux quartiers parisiens. Il y a Jean, universitaire réputé, qui se retrouve ministre de la Famille un peu par hasard. Il est entouré de mère, cousine, mamie, frère et de son foyer qu’il s’est choisi, comprendre épouse et deux filles. Voilà Sainte-Famille, la dernière réalisation de Louis-Do de Lencquesaing, qui incarne également le personnage de Jean. Il a la quarantaine, un œil vagabond, figé, mais pas méchant. Dans chaque scène, il est là, tenant film et famille, sans éclipser non plus ses camarades. Les générations s’apprivoisent et s’aiment, mais sans le dire. C’est là le tour de force de Louis-Do de Lencquesaing qui, sans s’appesantir, pose un regard sur la famille d’aujourd’hui, prise dans une époque vouée à l’ultra-individualisme.

 

Un film de caractères

Toute l’intrigue repose sur ses personnages. Pas de réels rebondissements ou d’actions tonitruantes, mais un film choral et de mœurs. De la mère au brushing toujours impeccable, vouvoyant ses enfants (Marthe Keller), à un frère homosexuel à demi avoué, à demi caché (Thierry Godard), en passant par sa femme, enceinte, mais bovaryenne (Léa Drucker). Les relations sont complexes. Elles n’ont pas besoin de mots pour se faire. On s’aime sans se comprendre. Bien sûr, il y a des écarts de conduite et des tromperies. La déception guette les personnages. Ils sont tiraillés par leurs désirs, leurs devoirs et la tentation de laisser faire la vie. Mais le réalisateur ne les condamne pas. Il filme avec bienveillance cette haute bourgeoisie, ses contradictions et son indéfectible tendresse.

 

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La famille, de tout temps ?

Dans ces grandes maisons de ville, avec parquet vernis et hauts-plafonds, on passe se voir sans s’attarder, on parle peu, mais on soutient le regard. Les yeux dans les yeux, prêts à se serrer les coudes quand il faut. Louis-Do de Lencquesaing questionne, sans pathos, presque en retrait, les évolutions de la famille. Il la représente comme un refuge, à l’ère de l’individualisme. C’est devenu le seul endroit où il y a groupe. L’un fonctionne avec l’autre, on le subit autant qu’il nous traverse. Par-delà l’incommunicabilité. La famille résiste contre vents et marées. De tout temps, qu’importe la génération, les familles ont leurs secrets. Elle n’en est pas moins atemporelle. La famille n’est pas morte, crie-t-il. En ressort un film qui interroge, plus qu’il ne transporte. Et qui semble parfois brouillon, tant les scènes se succèdent et les personnages s’entremêlent sans plus d’explications. Mais c’est justement ça la famille. On ne sait pas pourquoi on s’aime, on ne s’est pas choisi, mais on est relié, à jamais. Inévitable, éternellement nôtre. Famille sanctifiée ?

 

Estelle Aubin

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