Arras Film Festival 2019 : bribes de vies et acceptation de soi, avec « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part »

 « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien, mais l’amour infini me montera dans l’âme ». Ces quelques vers de Rimbaud, tiré du poème Sensation cité dans le film Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, expriment à la perfection les sentiments complexes des membres de la famille Armanville. Comme Rimbaud à son plus jeune âge, Jean-Pierre, commercial de 48 ans, peine à trouver sa juste place auprès des siens. Arnaud Viard, dans son adaptation de l’ouvrage d’Anna Gavalda, dresse le tableau d’une famille authentique par ses complexités. 

Un chassé-croisé familial

Le film débute avec l’anniversaire d’Aurore, 70 ans, veuve, entourée de ses quatre-enfants et de sa petite-fille. Au premier abord, le réalisateur donne à voir des frères et sœurs complices et heureux. Il ne s’agit pourtant pas d’une comédie familiale.

Alors que la mère de famille cherche à tout prix à réunir ses enfants – non sans quelques difficultés d’organisation, le repas de Noël vire rapidement aux règlements de comptes. Le ton monte et remet en cause l’apparente harmonie familiale. Patchwork de moments de vies, les névroses de chacun s’affichent à l’écran à l’aide de gros plans émouvants. Des larmes sidérantes de Juliette (Alice Taglioni) aux besoins inopinés de Jean-Pierre de conduire pour s’échapper : chaque émotion est filmée avec justesse.

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Jean-Pierre, depuis la mort de son père, assure le statut du patriarche, au grand désespoir de sa soeur Margaux (Camille Rowe). Mathieu (Benjamin Lavernhe) envie parfois la position de son frère tandis que Juliette semble être le lien qui les unit tous. Comment trouver sa place, son identité dans une fratrie où chacun joue le rôle qu’on lui a attribué ? Comment s’émanciper d’un monde auquel on est profondément attaché ?

« Impasses artistiques »

Les mal-êtres des membres de la fratrie ne trouvent pas uniquement leurs origines dans les désaccords familiaux. Chacun renferme en lui des frustrations. Jean-Pierre par exemple, incarné par un Jean-Paul Rouve touchant, est tourmenté entre l’échec de sa vie amoureuse et ses rêves artistiques jamais réalisés. Commercial aimé de ses collègues et ses employés, on pourrait croire qu’il mène une vie idéale. Néanmoins, il conserve en lui depuis plusieurs dizaines d’années une envie de monter sur scène qu’il a refoulée depuis un échec amoureux. Avec Héléna, son premier amour. Les épreuves de la vie font se retrouver les deux anciens amants et Jean-Pierre réalise qu’il est passé à côté de quelque chose. 

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Une partie de l’équipe du film à l’Arras Film Festival. De gauche à droite : Jean-Paul Rouve, Elsa Zylberstein, Arnaud Viard et Sarah Adler

C’est sans doute à cause de cette frustration qu’il aide financièrement et moralement sa soeur Margaux à accomplir son rêve : devenir photographe. Persuadée d’avoir un don, elle espère y parvenir mais grille les étapes en refusant tous les petits jobs qu’on lui propose. Aux trombinoscopes elle préfère l’originalité, les plans larges, les gueules cassées : photographier ce que personne d’autre ne photographie. Son comportement finira par causer des tensions entre elle et son frère aîné. Il y a aussi Juliette, prof de français au lycée, qui rêve à quarante ans de devenir écrivaine. Mathieu, le dernier de la famille, lui n’a jamais rêvé d’une vie d’artiste au soulagement non-dissimulé de sa mère. 

Un défi relevé ?

Faire passer une oeuvre littéraire à l’écran est souvent bien difficile mais Arnaud Viard réalise la manœuvre avec brio. Le recueil de nouvelles d’Anna Gavalda, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, publié il y a tout juste vingt ans, en rassemble douze. Dans chacune d’elles, on suit un personnage en proie à ses émotions, ses frustrations et ses faiblesses.

Des bribes de vies, des instants saisis qui pourraient finalement arriver à chacun. Cette étudiante en galère qui travaille dans un magasin, ce musicien qui tombe amoureux de sa photographe, un autre de sa collègue de travail… Autant d’éléments que l’on retrouve dans le film d’Arnaud Viard. Un mélodrame familial tendre et émouvant qui réchauffe le cœur autant qu’il le brise.

Sortie le 25 décembre en salles.

Emeline Voisin

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