Arras Film Festival 2021 : Rencontre avec la photographe officielle, Aurélie Lamachère

Personnage incontournable de l’Arras Film Festival, Aurélie Lamachère est présente pour la huitième année à cette édition 2021. En 15 minutes montre en main, elle réalise les portraits des comédiens et réalisateurs. Hauts en couleur, souvent avec des accessoires, ses clichés font partie de l’identité du festival.

Depuis longtemps photographe à Cannes à la semaine de la critique, l’attachée de presse historique du festival Dany de Seille propose à Aurélie de venir travailler à Arras. Depuis, elle ne loupe pas une édition.

Aurélie apporte une vraie fraicheur dans le milieu des photos de presse et de festival, souvent soumises à la contrainte du temps. « Parfois la contrainte génère des choses formidables mais les photos restent relativement similaires. On ne peut pas faire systématiquement des couvertures de magazine dans ces conditions ». À Arras, Aurélie essaye d’offrir à ses modèles une expérience différente. Couleurs, accessoires, jeu sont au cœur de ses clichés. « J’ai ce cube noir quand j’arrive et j’ai une liberté totale pour proposer des choses, c’est très agréable ». Ses photos sont effectivement presque exclusivement faites en studio. Là où elle travaille en extérieur, c’est Cannes.

« La voie du cinéma n’est pas complètement une erreur »

Le cinéma s’impose vite comme référence pour Aurélie, dans la peinture, la photo, la vidéo. À sa sortie des Beaux-Arts, elle échoue d’une place à la Fémis mais reste convaincue que « la voie du cinéma n’est pas complètement une erreur ». Elle cumule ensuite stages en photo, plateaux, tournages, books de comédiens. Dans tout ce qu’elle entreprend, la lumière, les regards ou les ambiances de cinéma attirent son attention. Même si elle fait aussi de la photo pour d’autres choses (mode, objets), le cinéma reste l’endroit qu’elle aime le plus.

À Arras les shootings sont prévus dans le planning des invités. Ça fait partie du protocole, même si personne n’est obligé. Aurélie explique que les gens qui font des festivals sont généralement en tournée, souvent pendant plusieurs semaines ; épuisés certains comédiens refusent de passer derrière l’objectif. « Ils n’ont parfois pas très envie de passer par cette étape à ce moment-là ». Même pour les comédiens, se faire tirer le portrait n’est pas évident. Poser est finalement très différent de l’acting, c’est figé, plus intime.

Pour mettre à l’aise ses modèles, Aurélie essaye avant tout d’être à l’écoute. Selon elle, une grosse partie du boulot c’est la rencontre. Elle est là pour mettre en valeur les gens, pas l’inverse. L’idée, c’est aussi de leur montrer son travail en amont. Une fois dans le studio, Aurélie tâche de prendre le temps. Un quart d’heure par personne c’est souvent le timing dont elle dispose pour créer une photo originale. Parfois c’est aussi fait en 3 minutes, et « ça le fait ». Aurélie prévoit beaucoup de choses en amont : fonds, accessoires. Elle a une « galerie d’idées dans la tête avec lesquelles elle jongle ». Au dernier moment, la tenue, l’humeur ou l’énergie de la personne peuvent aussi lui donner de nouvelles inspirations. Elle adapte alors sa lumière, les expressions et les poses. C’est là le véritable challenge de ce type d’exercice. Aurélie met un point d’honneur à cerner la personne pour l’emmener vers quelque chose qui lui correspond. Parfois, certains comédiens sont même force de propositions et jouent encore plus le jeu. Il y a deux ans, elle photographie Laura Smet lors de l’AFF. Une première photo, l’actrice trouve la lumière jolie et se lâche.

« Il y a des gens qui détestent la photo, d’autres qui détestent leur image. Et puis il y a des gens qui vont aimer la photo et aimer découvrir leur image à travers un regard différent ».

Contrôle de l’image, entrave à la liberté artistique  

Aurélie confie que la partie la plus compliquée de son travail est de faire accepter son choix de photo aux modèles. « Le droit à l’image vient se heurter au droit artistique du photographe et aux objectifs de la communication du festival ». Chacun à ses enjeux. L’enjeu d’Aurélie peut être de prendre les photos les plus originales possibles tandis que celui du comédien peut avant tout être de se trouver beau. « Ça ne veut pas dire qu’ils sont moches sur ma photo et pas intéressants sur la leur, mais leur photo préférée n’est pas forcément tout à fait la mienne ». C’est un vrai dialogue à avoir. Aurélie fait en sorte que les gens lui fasse confiance, il n’y a pas le temps pour des validations sur un festival. Normalement, le comédien découvre la photo une fois qu’elle est publiée.

Ce contrôle de l’image est selon Aurélie une tendance qui s’accentue de plus en plus. Le fait qu’il y ai une perte de contrôle sur le devenir des images par la suite explique cette tendance. « Comme il n’y a plus de contrôle par la suite, ils préfèrent faire le contrôle en amont et d’autant plus pour les femmes ». La pression énorme qui s’abat sur les femmes comédiennes, notamment par rapport à leur âge, entre dans l’équation. Leur image c’est leur outil de travail. Aurélie tente de travailler avec toutes ces problématiques en tête sans réduire sa liberté artistique.

Hélène Martineau


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